Le retour du sang vers le cœur

Étant donné la faible épaisseur des fibres musculaires lisses des veines et leur faible abondance, l’action veino-motrice quand elle existe est tout à fait limitée.
Les veines comportent des valvules s’opposant au reflux du sang.
On note que lorsque l’on ligature une veine, la pression augmente de façon significative au-delà de la normale habituelle (jusqu’à la hauteur de la pression artérielle).
Quel que soit le point du système veineux exploré, la pression qui assure l’écoulement du sang est basse, inférieure à 1,5 cm Hg (pression sanguine à la sortie du capillaire).

On note comme pression veineuse en mm Hg sur un sujet étendu :
• Veine mésentérique : + 14,5 cm Hg
• Veine rénale : + 11 cm Hg
• Veine splénique : + 10,5 cm Hg
• Veine saphène : + 7,5 cm Hg
• Veine fémorale : + 5,5 cm Hg
• Oreillette droite : – 3 cm Hg

La pression régnant dans les veinules n’est que la transmission de celle régnant dans les artérioles à travers le système alvéolo-capillaire.
Dans une expérience sur un chien curarisé (de façon à supprimer toute contraction des muscles striés squelettiques), faite à thorax ouvert afin d’éliminer la dépression thoracique et avec une ventilation pulmonaire artificielle, nous n’aurons donc pas de contraction musculaire. Malgré tout, la circulation de retour se fait de façon satisfaisante et continue même quelque temps (quelques secondes) après l’arrêt cardiaque par excitation du nerf pneumogastrique. On tente d’expliquer ce phénomène par le retrait élastique des artères, artérioles et des capillaires qui évacuent le sang vers les veines.

La dépression intrathoracique est de :
• 7 cm H2O en expiration
• 14 cm H2O en fin d’inspiration
• 20 cm H2O en inspiration forcée

Les contractions des muscles squelettiques sont considérées comme ayant un effet très favorable pour le retour veineux. La pression considérable entre les fibres musculaires comprime les vaisseaux en les vidant. La pression des muscles squelettiques s’exerce au-delà des capillaires et des veinules, sur les veines de plus gros calibre qui cheminent entre les faisceaux musculaires.
L’expansion systolique artérielle (jugée très accessoire) lors de la systole cardiaque : la pression du sang dans les artères va écraser les veines perpendiculairement, les exprimant ainsi.
Chez l’homme debout, la pression atteint de 90 à 120 cm d’H2O dans la saphène interne au niveau de la malléole, cela en dépit des valvules.
Les veines sont munies de valvules ou « nids de pigeon ». (Figure 1) Ces valvules empêchent le sang de revenir en arrière, elles forment un système anti-retour. La théorie classique veut que lors des contractions musculaires, les veines soient aplaties expulsant ainsi le sang vers le cœur, au relâchement musculaire les veines se rempliraient de nouveau.

Figure 1 : La contraction des jumeaux chasse le sang veineux vers le haut, les valvules servant de clapet anti-retour. Schéma d’après Moore-Dalley (4)

Le phénomène de vis à tergo

« Le système artères-veines forme une sorte de tube en U, dans lequel la pression due au poids de la colonne liquidienne est la même en chacun des points de l’une ou l’autre branche située sur une même horizontale.
Une valeur élevée de la pression veineuse au niveau des extrémités des membres inférieurs reste toutefois compatible avec un retour veineux normal par le simple mécanisme de la vis à tergo. Au niveau des malléoles tibiales, en effet, la colonne sanguine veineuse exerce, uniquement du fait de la pesanteur, une pression de 90 cm d’H2O, si telle est la différence de niveau entre le cœur et la malléole. Mais le même effet de la pesanteur s’exerce dans les artères et artérioles situées sur un même plan horizontal.* En conséquence, la pression qui assure l’écoulement du sang dans les capillaires est toujours égale à la pression artériolaire diminuée de la pression dans les veinules, mais l’une et l’autre étant, du fait de la pesanteur, augmentées de 90 cm d’H2O. La vis à tergo (pression dans les veinules reliquat de l’impulsion cardiaque) est donc bien elle aussi augmentée de 90 cm d’H2O.

* Le système artères-veines forme une sorte de tube en U, dans lequel la pression due au poids de la colonne liquidienne est la même en chacun des points de l’une ou l’autre branche située sur une même horizontale. »

Hermann & Cier

Contradictions de la théorie classique

• Dans l’expérience sur le chien curarisé, quand le cœur s’arrête et qu’il y a retrait élastique des artères le volume sanguin aurait plus tendance à remonter en amont qu’à passer la résistance des capillaires en aval. Si le sang ne s’arrête que quelque temps après l’arrêt cardiaque c’est peut-être, comme nous le verrons plus loin, que la pompe musculaire squelettique n’est plus alimentée en sang artériel (il n’y a pas de système anti-retour (valvules) dans la circulation artérielle qui interdirait au sang artériel de remonter vers le cœur). Cette expérience démontre également que le système de retour veineux peut se passer de la dépression thoracique pour ramener le sang veineux vers le cœur.
• La conduction nerveuse permettant la contraction des muscles squelettiques est inexistante chez un sujet présentant une paralysie de type périphérique (flasque). Un tel sujet peut être maintenu debout sans qu’il y ait de stase veineuse à ce point importante qu’elle empêche le sang de remonter. Avec une pression de 2 cm d’H2O à la sortie du capillaire et une dépression en moyenne de 10 cm d’H2O au niveau du médiastin, le sang veineux arrive pourtant à retourner vers le cœur malgré une colonne de 90 à 120 cm d’H2O au niveau de la malléole.
• Dans la théorie de la vis à tergo il faut tenir compte de la résistance très importante des vaisseaux (lumière, parois, coudes et viscosité du sang), et de celle du capillaire (déformation des hématies). À la sortie du capillaire la pression positive est de 15 mm Hg. De plus, le cœur propulse le sang avec une force moyenne de 120 mm Hg. Il faudrait à la circulation artérielle 120 -15 = 105 mm Hg pour amener le sang du cœur au capillaire et 15 mm Hg pour aller du capillaire au cœur, donc environ le 1/10 de la force dévolue au système artériel.

Copyright Teutaros Ostéoconcept © 2004 – Hervé Julien, Jean Louis Gaudron

Bibliographie
(1) Biomécanique des fluides et des tissus – Michel Y. Jaffrin, Francis Goubel – Editions Masson, Paris 1998
(2) Précis de physiologie – H. Hermann, J.F. Cier – Editions Masson, Paris 1976
(3) Physiologie humaine – A.Vander, J. Sherman, D. Luciano, R. Brière-Chenelière – Mc Graw-Hill, troisième édition 1995
(4) Anatomie Médicale – Keith L. Moore, Arthur F. Dalley – Edition De Boeck Université 2001
(5) Les feuillets d’anatomie – Brizon, J. Castaing – Maloine éditeur, Paris 1953
(6) Thérapie crânio-sacrée – J.E. Upledger – Edition IPCO, Paris 1983